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Réflexions théologiques et environnementales sur l'actualité

Avent 2016. 2 Un conte

La chienne qui voulait fêter Noël

 

L’an dernier, et vous n’en avez rien su, tandis que je préparais le conte de Noël sur « l’ange qui s’ennuyait », il s’est passé quelque chose d’étrange. C’est toujours une période agitée : la préparation de la fête, la décoration du temple et, en même temps, la vie ordinaire d’une Eglise : les visites, les études bibliques et les coups de téléphone.

Ce soir là, je travaillais dans mon bureau quand j’ai entendu :

 

- David, j’ai quelque chose à te dire

 

Je me retournai, j’étais seul avec Olympe. Olympe,  vous savez bien, ma petite chienne noire et blanche. Tout était normal, elle me regardait avec son air habituel de chienne de pasteur bien élevée. J’ai repris mon travail, j’avais fort à faire avec mon ange et ses rencontres diverses.

 

- David, j’ai quelque chose à te dire

 

Cette fois-ci pas d’erreur cela venait bien de derrière moi : du radiateur contre lequel elle dort. J’ai cru voir comme un sourire sur ses babines, c’est bien elle qui parlait. Pourtant je n’étais pas fou - pas plus que d’habitude en tout cas -, je n’avais pas trop mangé ni bu de café… Peut-être un léger énervement en raison de la période ? Pas vraiment.

Ce qui m’étonnait le plus c’est que cette chienne avait toujours été correcte, elle. Pas de fantaisie, pas de livres mangés, pas de paroissiens terrorisés dans mon bureau par ses grondements, pas d’écharpes ou de sacs dévastés. Son seul défaut : elle ne supporte pas les chiens étrangers et…les chats. Une brave bête de chien de pasteur, à la limite elle aurait assisté au culte le dimanche avec plus d’attention que les enfants… et que certains adultes. Alors parler ?

C’était incroyable. Pour en avoir le cœur net, je lui ai tourné le dos et j’ai dit :

 

- Mais alors, tu parles ?

- Eh bien oui, je parles, ça te surprend ?

- Un peu. En tout cas, je te remercie de ne pas avoir parlé devant les membres du conseil. Déjà qu’ils me trouvent un peu fantaisiste, alors un pasteur au chien qui parle ça aurait été complet ! Qu’as-tu à me dire ?

- Je voudrais fêter Noël !

- Toi ?

 

Cela ne m’était jamais venu à l’idée. Mais mettez vous à ma place ! Vous pensez, vous,  à fêter Noël avec votre chien, vos chats et vos poissons rouges ? Ça va, j’en connais qui fêteraient bien Noël avec leurs lapins, leur poules et leurs coqs. J’étais assis, dans tous les sens du mot. Mon professeur de théologie pratique, un homme fort estimé, n’avait jamais pensé à cela. Pourtant, plus je regardais Olympe, plus son idée se faisait un chemin. Et  pourquoi pas après tout ?

 

Il semblait qu’elle lisait dans mes pensées. Elle vint se frotter contre moi, sa truffe humide et froide me soulevait le coude d’un air de dire :

 

- C’est pas une bonne idée, ça ?

 Et puis, il allait falloir convaincre la famille : ma femme, elle est un peu habituée à des idées baroques, mes enfants, là ça sera un peu plus difficile : vous comprenez, les petits enfants, les microbes et tout ça…

Mais ce qui m’inquiétait le plus, c’était le conseil presbytéral. Là, je sentais que ça ne passerait pas facilement. Oh, il y avait bien quelques conseillers dont je sentais le cœur plein d’animalité : ils ont des chats chez eux et ne rechignent pas à une caresse d’Olympe à l’occasion. Mais certaines et certains – non, je ne dirais pas les noms – … là alors c’était exclu !

Je résolus d’éclaircir la situation :

 

- Quand tu dis que tu veux fêter Noël qu’est-ce que tu entends par là ?

- Oh bien tout !

- Comment tout ?

- Oui, tout : la veillée de Noël, le repas, les cadeaux mais surtout, je voudrais venir au culte avec toi !

 

C’est bien ce que je craignais, elle avait entendu parler, avec son air de ne pas entendre les uns et les autres. En deux ans, elle s’était fait une petite idée de Noël, des habitudes de chacun. Un chien ça observe, vous savez. Et Olympe observait.

 

- Admettons, que tu ferais la fête avec nous, qu’est-ce que tu y connais toi, à Noël  et au culte ?

- Ah, ça, c’est justement ce que j’aimerais comprendre. Je te vois avec tes soucis, le travail, les enfants, les petits enfants, les paroissiens grands et petits qui viennent. Dis moi, quel est ce secret de Noël que je ne comprends pas ?

 

Ma chienne n’avait rien compris à Noël. A ce que cela veut dire : j’étais donc obligé de penser à lui faire l’école biblique. La catéchèse des animaux, non plus, n’avait pas été prévue à la Faculté de théologie. On avait bien évoqué François d’Assise parlant aux oiseaux…

 

Je fis promettre à ma chienne de ne rien dire à personne et tous les jours, quand tout le monde était parti, secrètement, je lui enseignais les rudiments de la Bible : la mort et la résurrection de Jésus, sa vie, son enseignement, sa naissance, les prophètes, Moïse, la création.

Olympe, préférait entre tous les récits où des animaux étaient présents : surtout l’ânesse de Balaam et ses prophéties, la brebis perdue et retrouvée. Le chien de Tobit l’enthousiasma.

J’avais une catéchumène attentive, et je me sentais de plus en plus

 

 

mal à l’aise, car je voyais avec inquiétude le moment où elle exigerait de devenir membre à part entière de l’Église, voire à être baptisée et à communier… Il était temps que je me ressaisisse.

 

Alors je commençais à lui dire que tout ça c’était pour les humains, que les animaux, certes, faisaient partie de la création, mais quand même, ils devaient rester à leur place.

 

- Mais tu n’as rien compris, me dit-elle, un jour. Même Saint Paul dit que la création toute entière soupire dans les douleurs de l’enfantement après le Royaume de Dieu .

 

C’était pire que ce que je craignais. Elle s’étais mise à lire la Bible quand j’allais faire mes visites. Et elle lisait tout de travers, une vraie catastrophe. Je me voyais perdu, submergé par les chiens, les chats, les cochons d’Inde, les poules et les poissons rouges. Je les entendais chanter les psaumes et les cantiques de Noël. Et par dessus tout cela, j’entendais la voix d’Olympe qui se mettait à prêcher : Il n’y a plus parmi vous, ni chat ni chien, ni animal domestique, ni animal sauvage, ni mâle ni femelleLaissez venir à moi les petits chatons, le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent…Le Chat et le Chien mangeront la même herbe….Tu n’ajourneras pas la pâtée de ton animal favori….Tu aimeras ton chien comme toi-même….

……………………………………………………………………………….

 

Dring ! ! ! ! !……………. La sonnerie du téléphone me tira de mon sommeil ! C’était l’organiste qui me rappelait pour me demander les cantiques pour la veillée de Noël…

 

J’étais toujours devant ma table de travail, à rédiger mon conte de Noël, j’avais dû m’assoupir. Je me tournais vers Olympe, elle dormait paisiblement. Pourtant de temps en temps comme un sourire passait sur ses babines… mais peut-être n’ai-je pas bien vu ?

 

A Noël, cette année là, Olympe sous le sapin, a eu un gros os. Ce n’était rien… mais à sa façon de remuer la queue j’ai vu qu’elle avait compris l’intention. Et depuis, elle a cessé de poursuivre les chats. Il s’est sûrement passé quelque chose.

 

 

Chartres, décembre 2000

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