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Réflexions théologiques et environnementales sur l'actualité

Vivre Dieu VII

La place de la prière

La prière est au chrétien, et au croyant en général, ce qu’est l’exercice pour le sportif : un critère de véracité de la foi, de son enracinement dans le quotidien par une vie de piété. C’est en effet elle qui est la ligne de partage entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas. Elle trace une frontière invisible et pourtant palpable entre les humains : entre ceux qui y ont recours et les autres. L’aptitude à la prière se lit comme une étendue magistrale de tendresse, en effet, la prière ouvre à la tendresse, comme elle ouvre à l’expression de bien d’autres sentiments. C’est même par la tendresse dont l’autre témoigne que je sais s’il prie ou non. Même si, pour lui, ce qu’il fait n’est pas une prière… Il y a dans une certaine capacité à écouter, à regarder l’autre, un je ne sais quoi où je repère la trace de la prière.

Tout d'abord une remarque par souci de vérité : je n'ai pas une vie pieuse régulière ! Je n'arrive pas à prier régulièrement à heures fixes "matin, midi et soir", par exemple, comme le veut la règle des Veilleurs[1]. Je m'efforce de ne pas laisser trop de distance entre ces pauses qui reposent, entre ces moments « pour rien » qui viennent libérer les relations et les tensions intérieures.

Un des effets de la prière est de retrouver ce qui est propre à soi dans la vérité de la lumière de Dieu. Une fois cette phrase écrite, je me regarde surpris parce qu'elle a surgi là sans y penser.

Qu'est-ce en effet que prier ? C'est d'abord un geste fou : lancer vers le néant une parole articulée ou une pensée pour exprimer ce qu'il y a de plus secret en soi. J'ai déjà dit comment cette prière avait fait partie de mes apprentissages premiers. Il y a eu dans mon enfance cette proximité d'un Dieu qui s'appelait "bon Jésus". Je priais alors comme un enfant. En même temps se forgeait en moi la certitude de n'être jamais seul, d'être accompagné. Cette prière était une confiance dans la nuit qui venait, elle était guidée par ma mère ou mon père, selon les jours. Puis, comme adolescent, j'ai tenté de la continuer patiemment. Les aridités étaient telles que, finalement, c'est dans le groupe d'éclaireurs[2] que cette prière a pris sens. Il y avait là comme un embryon de ce qui deviendra la relation d'accompagnement, avec les groupes, nombreux ou restreints. Même complicité, même recherche commune dans nos mots maladroits, mais en même temps, même quête réelle d'une présence qui dépasse le rassemblement humain.

Je garde le souvenir amusé de ces études bibliques en plein air guidées par nos chefs de troupe ou de patrouille… je reproduis cette situation aujourd'hui – tout comme mon père l'avait reproduite. Transmission… Oui, la prière est transmission et vit de la transmission. Je le constate aujourd'hui quand une femme, un homme que j'accompagne accepte de risquer leurs propres mots dans cette intimité précieuse du temps de la prière. Certains y ont du mal, qui ne conçoivent pas de prière autre que toute faite. D’autres découvrent alors la richesse de cet espace ouvert à la liberté.

Comme adulte, ce geste a dû d'abord passer par un refus : celui de parler dans le vide ! Il faut du temps pour découvrir que ce vide est habité, qu'il n'est pas néant, mais présence disponible. Dieu se révèle à celui qui le cherche, en lui parlant, en l'écoutant se révéler dans les hésitations de l'autre, dans ses fulgurances et ses découvertes. Qui parle à qui dans la prière ?

Je parle de moi à moi devant qui ? D. Bonhoeffer[3] aurait peut-être dit je parle devant Dieu comme étant sans Dieu. Prier c'est être à la fois dans sa propre intimité et être dans une intimité plus vaste qui me dépasse et me lie aux autres… celle où un "père qui voit dans le secret, sait ce dont j'ai besoin" (Evangile de Matthieu chapitre 6, versets 6 à 8).

La prière passe ensuite par des essais. Il faut apprendre. Il n’y a pas dans notre Institut Protestant de théologie, d’apprentissage à la prière en raison de son orientation principalement universitaire[4]. Après mes parents, mes monitrices et moniteurs d’Ecole du dimanche et du catéchisme, je me suis adressé à l'âge adulte à des spécialistes : les jésuites avec les exercices de Saint Ignace m'ont aidé à dépasser les blocages du jeune pasteur de 50 ans, interpellé par ses paroissiens en quête de guidance spirituelle.(à suivre...)

[1] Les Veilleurs : Fraternité de prière créée par Wilfred MONOD et son fils Théodore en 1923 à destination de ses catéchumènes de la Paroisse de l'Oratoire du Louvre à Paris. Les veilleurs tentent de vivre un "monachisme dans le monde" par des moments communs de prière d'une communauté dispersée.

[2] J'ai participé comme enfant et comme adolescent aux Eclaireurs unionistes de France, mouvement scout protestant, puis, comme adulte, avec ma femme, aux Eclaireurs et Eclaireuses de France, mouvement laïc de scoutisme. Je dois à ces deux mouvements une grande partie de ma formation.

[3] Dietrich Bonhoeffer, théologien luthérien allemand (1906-1945).

[4] IPT, Institut où sont formés les pasteurs de l’Eglise réformée de France et de l’Eglise Evangélique Luthérienne. Deux Facultés, Paris et Montpellier, se partagent les étudiants, sans compter la Faculté de Théologie protestante de l’Université d’Etat de Strasbourg.

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Maiten Court 22/05/2016 19:38

L'auditeur de mes prières m'éclaire souvent d'une façon que j'aurais été incapable de trouver toute seule. De quoi s'émerveiller et m'attacher définitivement à lui dans une relation de confiance partagée.

Maiten Court 22/05/2016 18:07

Je pense qu'il te reste bien d'autres formes de prières à découvrir qui risquent de t'enchanter davantage....

David Steward 22/05/2016 20:57

Je n'en doute pas... mais tu liras la suite