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Réflexions théologiques et environnementales sur l'actualité

Vivre Dieu II

Dieu dans mon histoire

Dans mon histoire, Dieu intervient très tôt comme une instance devant laquelle je dois, seul, me situer. Devant laquelle je suis appelé à répondre, seul, de mes actes. Il me faudra un cheminement parfois indirect pour arriver à ce que je crois aujourd’hui : un Dieu inséparable de l’homme qui le confesse et en même temps une instance qui n’est pas uniquement intérieure mais aussi extérieure. Contradiction ? Peut-être, mais évidence de plus en plus présente. Dieu n’existe pas, Dieu est[1]. C’est dans ce raccourci que je peux résumer l’expérience fondamentale du croyant que je suis : je n’ai pas rencontré un Dieu qui aurait préexisté à ma conscience, mais j’ai fait avec d’autres l’expérience d’un Dieu au fond de mon être, dans la communion de nos êtres, indissolublement. Il est là, pour autant que je veuille lui accorder attention. Il se développe en moi au fur et à mesure de mon développement. IL EST là ! C’est bien la même expérience que fait Moïse, selon le récit du Livre de l’Exode[2]. Il rencontre sur son chemin d’exilé celui qui s’affirme comme celui « qui a été, qui est et qui sera2 », le Dieu des pères. De cette expérience réelle ou mythique – celle de Moïse – va sortir tout le développement de la Bible. C’est une expérience du même ordre qu’avait fait Abraham, auparavant, selon ces mêmes écritures !

Je ne crois pas à un Dieu qui décide, fait, exige, a un projet, se repent, se met en colère, est satisfait de… et qui, pour dire les choses en une phrase, envoie son fils au casse-pipe pour le salut des humains ! Je ne peux plus croire à un Dieu Père-Fouettard qui manipulerait l’humanité du haut de son ciel ! Je ne peux plus croire à des destins prédéterminés, les nôtres, dans une sorte de monde enchanté où Dieu serait en même temps garant et juge, père et exécuteur des basses œuvres !

Je crois que le Dieu-que-je-rencontre dans la Bible et en Jésus de Nazareth est cette intériorité plus intérieure que ce que je peux concevoir. Il est cette extériorité plus étrangère à moi-même que le plus étranger. Cette entité – cette personne[3]? - est directement concernée, affectée, mise en cause, par mes infirmités, mes joies, mes peines, mes désespoirs, mes élans. Cette entité est en même temps celle qui me console, m’apaise, me met debout, me stimule, me réveille, m’incite.

Dieu est ce que je ressens comme plus vrai que ce que je peux dire, ressentir ou croire. En Jésus de Nazareth, IL est totalement présent, ce qui lui donne d’être totalement humain et divin. Par lui, je trouve un chemin pour devenir moi-même plus humain et plus divin. Non pas que je sois ma propre divinité à moi-même ou que pour les autres il en soit de même. Mais à travers l’exemple de Jésus de Nazareth, de ses dits, de ses gestes, une possibilité d’être pleinement humain se révèle dans l’ordinaire, le blessé, l’handicapé, le frustré, le fragile, le bêtement humain que je suis. Il n'y a plus en Jésus-Christ de séparation entre le divin et l'humain, comme il n'y a plus de sacré et de profane séparés l'un de l'autre. Jésus, tant au travers de sa vie qu’au travers de ses paroles, restaure la vie humaine à sa dimension réconciliée. Ceci n’est pas une donnée objective dans la mesure où nous pourrions atteindre objectivement les véritables paroles et gestes de Jésus ; ceux-ci ne nous sont connus que par des « témoignages ». Je témoigne à mon tour de ce que cette lecture produit en moi une certitude : Jésus est celui qui permet que se réconcilient en moi ces deux polarités de l'existence : l'humain et le divin. De même en Jésus, se réconcilient aussi nos polarités féminines et masculines, de maître et de serviteur, d'étranger et d'autochtone[4].

[1] C’est bien ainsi qu’il se présente à Moïse au chapitre 3 du Livre de l’Exode : « je suis celui qui je serai » (TOB), qu’on peut traduire différemment : « je suis celui qui est » ; ou encore « je suis qui je suis » etc….

[2] Autre traduction du même verset qu’à la notre précédente, mais cette fois-ci faisant ressortir l’aspect passé, présent et futur qui est dans le verbe hébreu employé.

[3] Le mot personne est très ambiguë à utiliser ici, en dépit des textes de l’orthodoxie chrétienne : s’agit-il du masque du comédien antique chargé de représenter la figure de son personnage ? S’agit-il d’une personne au sens moderne d’être dans sa totalité ?

[4] Voir l'Epître de Paul aux Galates, chapitre 3, versets 26 à 29, dans le Nouveau Testament.

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